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Désogestrel et méningiome : recommandations complémentaires à destination des prescripteurs et des patientes

Trois mois après la publication de l'étude EPI-PHARE suggérant un risque très faible de méningiome chez des femmes utilisant une contraception par désogestrel, l'ANSM publie les recommandations à l'attention des prescripteurs et des patientes. 

David Paitraud
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Une marche à suivre précisée avant de prescrire et de renouveler une contraception par désogestrel.

Une marche à suivre précisée avant de prescrire et de renouveler une contraception par désogestrel.SeventyFour / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Résumé

En décembre 2024, une étude EPI-PHARE a mis en évidence une augmentation très faible du risque de méningiome en cas d'exposition au désogestrel seul, notamment chez les femmes de plus de 45 ans ou en cas d'utilisation prolongée (plus de 5 ans). 

Trois mois après, le comité scientifique temporaire (CST), créé pour évaluer ce risque, émet les recommandations à destination des professionnels de santé et des patientes concernées. 

Le CST précise tout d'abord le périmètre d'application de ces recommandations : 

  • spécialités contraceptives à base de désogestrel seul ;
  • spécialités contraceptives associant le désogestrel et l'éthinylestradiol (estroprogestatif) ;
  • l'implant NEXPLANON, qui contient de l'étonogestrel, dérivé actif du désogestrel.

Il est recommandé aux prescripteurs : 

  • lors de la réévaluation de la contraception, d'informer les patientes de plus de 45 ans ou celles traitées depuis plus de 5 ans par désogestrel sur le risque très faible de méningiome, les signes évocateurs et la conduite à tenir ; 
  • de faire le point sur les traitements antérieurs par progestatifs et leur durée d'utilisation ; 
  • d'évaluer la pertinence de maintenir une contraception par désogestrel au-delà de 45 ans. 

Contrairement aux autres progestatifs ayant déjà fait l'objet de mesures de réduction du risque de méningiome (chlormadinone, cyprotérone, nomégestrol, médrogestone, médroxyprogestérone), l'ANSM ne préconise pas l'IRM cérébrale systématique chez les patientes sous désogestrel. 

Cette IRM doit être réalisée : 

  • à l'instauration du traitement, en cas d'exposition antérieure de plus de 1 an à un ou plusieurs progestatifs à risque ;
  • en cas de signes évocateurs d'un méningiome. 

La confirmation d'un méningiome cérébral impose l'arrêt du traitement. 

Comme annoncé en décembre 2024 après la publication de l'étude EPI-PHARE évaluant le surrisque de méningiome avec les contraceptifs progestatifs (cf. Encadré), l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) publie des recommandations relatives au désogestrel [1], en complément des mesures préliminaires déjà émises (cf. notre article du 19 décembre 2024). 

Encadré - Risque de méningiome en cas d'exposition au désogestrel : ce que révèle l'étude EPI-PHARE [2]

L'étude du GIS EPI-PHARE publiée fin 2024 met en évidence une augmentation très faible du risque de méningiome associée au contraceptif oral au désogestrel seul, notamment chez les femmes de plus de 45 ans ou en cas d'utilisation prolongée (plus de 5 ans). Ce risque est cependant très inférieur à celui constaté avec la prise des autres progestatifs chlormadinone (LUTERAN et génériques), cyprotérone (ANDROCUR et génériques), nomégestrol (LUTENYL et génériques), médrogestone (COLPRONE), médroxyprogestérone (DEPO PROVERA) et promégestone (SURGESTONE, en arrêt de commercialisation).

L'étude EPI-PHARE ne montre pas de surrisque de méningiome pour les femmes utilisant une contraception contenant du lévonorgestrel seul ou combiné à l'éthinylestradiol

Tous les contraceptifs de désogestrel concernés

Ces recommandations s'appliquent à tous les contraceptifs contenant du désogestrel :

En effet, le comité scientifique temporaire (CST), en charge d'évaluer le risque de méningiome avec les contraceptifs et d'établir les recommandations pour la réduction de ce risque, considère « qu’il est hautement probable que la très faible augmentation du risque de méningiome observée avec le désogestrel 75 µg concerne également les pilules combinées à base de désogestrel 150 µg /éthinylestradiol car elles sont doublement dosées en désogestrel, ainsi que l’implant contraceptif à l’étonogestrel NEXPLANON, car il contient un dérivé actif du désogestrel ». Le risque de méningiome associé à ces deux types de contraceptifs n’a pas pu être étudié directement dans l’étude du groupement d’intérêt scientifique GIS EPI-PHARE présentée fin 2024.

À ce jour, les recommandations ne s'appliquent pas à l'anneau vaginal NUVARING (éthinylestradiol et étonogestrel). 

Recommandations avant de prescrire ou de renouveler une contraception par désogestrel

L'ANSM rappelle : 

  • l'importance de réévaluer régulièrement la contraception au regard de l'âge de la femme, de ses antécédents médicaux, de son mode de vie et de ses choix ;
  • que « le désogestrel a une autorisation de mise sur le marché (AMM) dans la contraception uniquement et ne doit pas être utilisé comme traitement hormonal de la ménopause ».

Avant toute prescription et lors de la réévaluation de la contraception, chez des femmes de plus de 45 ans ou en cas d'utilisation prolongée de plus de 5 ans d’une contraception à base de désogestrel, l'ANSM recommande aux prescripteurs : 

  • d'informer les patientes de la très faible augmentation du risque de méningiome associée au désogestrel ;
  • avant toute prescription ou changement de contraception hormonale progestative, de vérifier les traitements antérieurs par progestatifs ainsi que leur durée d’utilisation. « Cet inventaire permet d’évaluer l’exposition des femmes aux progestatifs au cours de leur vie et de prescrire la contraception la plus adaptée au regard du risque de méningiome », justifie l'ANSM ;
  • pour les femmes de plus de 45 ans, de réévaluer la pertinence de maintenir une contraception par désogestrel compte tenu du risque de méningiome, et d'éviter de prescrire des associations estroprogestatives en relais, au regard du risque de thromboembolie veineuse ou artérielle associé.

En cas d’antécédent de méningiome ou de méningiome existant, un traitement progestatif ne doit pas être utilisé, sauf exception à discuter de façon pluridisciplinaire.

Recommandations de suivi des femmes sous désogestrel : une IRM dans certaines situations uniquement

À la différence des traitements par chlormadinone, cyprotérone, nomégestrol, médrogestone et médroxyprogestérone, l'ANSM ne préconise pas de réaliser une IRM cérébrale de façon systématique pour les femmes sous désogestrel compte tenu du risque très faible de méningiome.

Une IRM est recommandée dans les situations suivantes : 

  • à l’instauration du traitement par désogestrel, en cas d’exposition antérieure de plus de 1 an à un ou plusieurs progestatifs à risque, conformément aux recommandations d’octobre 2023 ; 
  • en cas de signes évocateurs de méningiome (maux de tête persistants, troubles visuels, faiblesse musculaire, troubles de l’équilibre, troubles du langage, perte de mémoire, épilepsie nouvelle ou aggravée).

La découverte d’un méningiome chez une patiente impose : 

  • d'arrêter le traitement ;
  • d'orienter systématiquement la patiente vers un neurochirurgien.

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