Champ d'échinacées (illustration).
L'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) a émis un avis sur les compléments alimentaires contenant des plantes aux propriétés anti-inflammatoires et immunomodulatrices, et sur le risque de leur consommation en période de COVID-19.
Cet avis repose sur l'analyse des données scientifiques par un Groupe d'expertise collective d'urgence (GECU), constitué dans le contexte de l'épidémie de COVID-19.
Cet avis prolonge les recommandations de la DGS (Direction générale de la Santé - 14 mars 2020) sur les AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens), ayant conduit à proscrire cette classe de médicaments chez les patients atteints ou ayant des signes évoquant une infection par SARS-CoV-2. Les AINS sont associés à des événements indésirables graves chez ces patients COVID-19, notamment des complications infectieuses.
Anti-inflammatoires naturels : les plantes concernées par l'avis de l'Anses
Parmi les plantes réputées à visée anti-inflammatoires citées dans l'avis de l'Anses, on distingue :
- les plantes à dérivés analogues aux anti-inflammatoires stéroïdien comme la réglisse : la réglisse possède une activité de type corticoïde associée à la glycyrrhizine (par mimétisme de l'action des glucocorticoïdes), d'où leur utilisation dans des compléments alimentaires préconisés dans des maladies inflammatoires ;
- les plantes à dérivés analogues aux anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) : on classe dans cette catégorie les plantes à dérivés salicylés contenant des dérivés de l'acide salicylique (le saule, la reine des prés, le bouleau, le peuplier, la verge d'or, les polygalas) et les plantes à dérivés non salicylés (harpagophytum, curcuma, plantes des genres Boswellia et Commiphora connues pour leurs gommes-oléorésines appelées respectivement "encens" et "myrrhe").
Plantes immunomodulatrices et anti-inflammatoires : échinacées et griffe du chat
L'Anses inclue également dans son avis 2 types de plantes à visée immunomodulatrice, qui présentent une activité anti-inflammatoire : les échinacées et la griffe du chat (liane du Pérou) [cf. Encadré 1].
Encadré 1 - Les plantes à visée immunomodulatrice et anti-inflammatoire
citées dans l'Avis de l'Anses
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Les échinacées entrent dans la composition de compléments alimentaires préconisés pour stimuler les défenses immunitaires. Ces propriétés sont liées en grande partie à la présence de polysaccharides. Leur activité immunomodulatrice repose sur une augmentation de la phagocytose et de l'expression de cellules de l'immunité (lymphocytes NK). Leur activité anti-inflammatoire repose sur la présence d'alcamide et peut s'expliquer par un mécanisme d'induction de cytokines et d'inhibition indirecte sur les COX.
La griffe du chat est préconisée comme anti-inflammatoire et immunostimulant. Son action immunomodulatrice repose sur la stimulation de la phagocytose des polynucléaires neutrophiles et des macrophages, et sur l'induction de l'expression des interleukines 1 et 6. Son action anti-inflammatoire repose sur la composition en procyanidines, et peut s'expliquer par une diminution de l'expression des médiateurs pro-inflammatoires associée à une activation des facteurs de transcription AP1 et NF-kB.
Plantes anti-inflammatoires et COVID -19 : risque de perturbation du processus naturel de défense
Selon l'Anses, "Au vu des données disponibles, il ne peut être exclu que la consommation de plantes ayant des propriétés anti-inflammatoires ou immunomodulatrices puisse entraver les défenses naturelles de l'organisme".
Bien que les répercussions des effets de ces plantes sur la production de facteurs associés à l'inflammation ne soient pas connues dans le contexte d'une infection virale, le CEGU précise que "ces facteurs sont fortement impliqués lors de l'aggravation des symptômes, en particulier au cours de l'"orage cytokinique", observé dans les formes sévères de COVID-19" (notre article du 1er avril 2020 sur le choc cytokinique).
Recommandations : en cas de signe d'infection, éviter l'utilisation de ces compléments alimentaires à visée préventive
Après analyse des données scientifiques relatives à ces plantes, le GECU (Groupe d'expertise collective d'urgence) recommande, en fonction du mode et de l'objectif d'utilisation de ces compléments alimentaires :
- aux personnes consommant ces compléments alimentaires dans un but préventif : suspendre immédiatement la consommation de compléments alimentaires contenant ces plantes dès l'apparition des premiers symptômes du COVID-19 ;
- aux personnes consommant ces compléments alimentaires dans le contexte de pathologies inflammatoires chroniques : discuter impérativement avec leur médecin de la pertinence de poursuivre ou non leur consommation.
L'Anses rappelle également les dangers de multiplier les sources d'exposition à ces plantes en raison du risque :
- d'apports cumulés et d'addition d'effets susceptibles de conduire à des effets indésirables,
- d'interférer avec la réponse immunitaire, notamment au regard du risque infectieux.
Pour aller plus loin
L'Anses met en garde contre la consommation de compléments alimentaires pouvant perturber la réponse immunitaire (Anses, 17 avril 2020)
Avis de l'ANSES relatif à l'évaluation des risques liés à la consommation de compléments alimentaires contenant des plantes pouvant interférer avec la réponse immunitaire et inflammatoire associée à l'infection par le SARS-CoV-2 (Anses, 10 avril 2020)
Sources
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